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Les "petits" traumas : ces blessures invisibles qui marquent toute une vie

  • Photo du rédacteur: Geneviève Koehler
    Geneviève Koehler
  • il y a 7 heures
  • 6 min de lecture

Personne assise sur une balançoire face à un lac de montagne, métaphore de l'apaisement après un traumatisme
Certaines blessures restent invisibles. Leur donner enfin de l'espace, c'est commencer à les libérer.

Nous avons tous une image du traumatisme : un accident grave, une agression, une catastrophe. Ces événements existent et laissent une empreinte profonde.

Mais il existe une autre forme de blessure, plus discrète, qui ne fait pas la une mais peut peser autant, sinon plus, sur une vie : ce que les spécialistes appellent les "petits" traumas, ou small-t traumas.



Ces blessures ne sont pas visibles. Elles n'apparaissent pas dans les récits de vie. Souvent, la personne elle-même ne les considère pas comme de "vrais" traumatismes — "ce n'est pas si grave", "il y a pire", "je devrais être passée à autre chose". Et pourtant, elles continuent d'agir, en silence, des années plus tard.





Qu'est-ce qu'un "petit" trauma ?


La distinction entre Big T trauma et small t trauma vient des travaux de Francine Shapiro, fondatrice de l'EMDR. Le Big T désigne les événements qui correspondent à la définition classique du traumatisme : agression, accident grave, catastrophe naturelle, deuil violent, guerre, abus.

Le small-t désigne quelque chose de différent. Ce sont des événements de la vie courante qui, individuellement, peuvent sembler ordinaires, mais qui ont laissé une empreinte émotionnelle forte. Une humiliation publique à l'école. Une remarque blessante d'un parent. Un déménagement vécu comme un déracinement. Un échec scolaire mal accompagné. Une rupture brutale. Un rejet professionnel. Un silence prolongé. Une promesse non tenue.


Ce qui caractérise un small-t, ce n'est pas l'intensité objective de l'événement, mais la trace qu'il a laissée dans le système nerveux. Et cette trace peut être tout aussi profonde qu'un Big T.


Des exemples qui n'en ont pas l'air


Voici des situations qui, pour beaucoup, restent invisibles et pourtant continuent d'agir aujourd'hui.

Un enfant régulièrement comparé défavorablement à un frère ou une sœur. Une humiliation devant la classe à un âge sensible. Une moquerie répétée sur le corps, le poids, l'apparence. Le silence d'un parent après une dispute. Une trahison amicale jamais réparée. Un licenciement brutal qui touche à l'identité professionnelle. Une fausse couche minimisée par l'entourage. Une opération chirurgicale anodine vécue comme une perte de contrôle. Un déménagement imposé pendant l'adolescence. La moquerie d'un enseignant qui marque pour toujours.


Aucune de ces situations ne rentre dans une définition officielle du traumatisme. Et pourtant, chacune peut avoir laissé une empreinte qui agit aujourd'hui — sur la confiance en soi, le rapport aux autres, le sommeil, le travail, le couple.


Pourquoi ces blessures restent-elles invisibles ?


Plusieurs raisons rendent les "petits" traumas difficiles à reconnaître.


D'abord, la comparaison sociale. "Il y a pire ailleurs" est une phrase qui ferme la porte à la reconnaissance de sa propre souffrance.


Ensuite, l'auto-jugement. Beaucoup pensent qu'il faudrait être "plus fort", "plus résilient", "ne plus y penser". Or l'inconscient ne fonctionne pas comme cela.


Vient aussi l'ancienneté. Un événement vieux de vingt ou trente ans, dont la personne est passée à autre chose en apparence, peut continuer à influencer ses choix, ses peurs, ses réactions automatiques — sans qu'elle fasse le lien.


Enfin, l'absence de mot. Quand l'événement n'est pas nommé comme un traumatisme, il est rangé ailleurs : "c'est mon caractère", "je suis comme ça", "je n'ai jamais su faire". Le lien entre la difficulté actuelle et l'événement passé n'est pas établi.




Comment se manifestent-ils aujourd'hui ?


Les "petits" traumas s'expriment rarement par des flashbacks spectaculaires. Ils se traduisent plutôt par des manifestations chroniques et diffuses, que la personne n'attribue pas à leur origine.


Une difficulté persistante à se faire confiance ou à faire confiance aux autres. Une anxiété sociale ou une appréhension dans les situations d'évaluation. Des réactions disproportionnées à certaines situations, des "explosions" émotionnelles sans cause apparente. Un sentiment de ne pas être à sa place, d'être un imposteur. Une difficulté à recevoir des compliments, à demander de l'aide, à dire non. Des relations amoureuses qui se rejouent toujours sur le même scénario. Des phobies inexpliquées. Des tensions chroniques, des perturbations du sommeil, des manifestations physiques sans cause physique identifiée. Une fatigue persistante malgré le repos. Des envies compulsives qui apaisent momentanément un mal-être plus profond.


Le point commun de toutes ces manifestations : elles résistent à la volonté. La personne sait, intellectuellement, qu'il faudrait faire autrement — mais quelque chose à l'intérieur ne suit pas.


Pourquoi le temps ne suffit pas

Le mythe selon lequel "le temps efface tout" est tenace. Pour les blessures émotionnelles non résolues, il est inexact.


Le système nerveux a sa propre logique. Quand un événement est vécu comme dépassant les ressources du moment — émotionnellement, physiquement, relationnellement —, il n'est pas intégré comme un souvenir ordinaire. Il reste actif, comme une alerte permanente dans certaines zones du cerveau. C'est ce que Bessel van der Kolk décrit dans son ouvrage Le corps n'oublie rien : la mémoire traumatique n'est pas une mémoire narrative classique, elle est sensorielle, corporelle, automatique.


Concrètement, cela signifie qu'un événement vieux de trente ans peut continuer à déclencher, aujourd'hui, des réactions automatiques : tension à l'approche d'une certaine situation, blocage face à un certain type de personne, fuite devant certaines décisions. Le temps a passé, mais la trace, elle, est restée intacte.


Ce que l'EMDR, le RITMO et l'hypnose peuvent apporter


L'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), développée par Francine Shapiro, repose sur l'idée que des stimulations bilatérales alternées — visuelles, auditives ou tactiles — permettent de relancer le processus d'intégration des mémoires bloquées. La personne revisite l'événement difficile pendant que des mouvements oculaires sollicitent les deux hémisphères du cerveau. Au fil des séances, la charge émotionnelle de la mémoire diminue : l'événement reste dans le passé, mais cesse d'agir au présent.


L'Inserm, dans ses publications scientifiques, indique qu'entre 60 et 90 % des personnes vivant avec un stress post-traumatique connaissent une amélioration significative après un accompagnement en EMDR.


Le RITMO (Retraitement de l'Information Traumatique par les Mouvements Oculaires) reprend les principes de l'EMDR en y associant l'hypnose. Cette approche combinée peut être particulièrement adaptée aux personnes qui ont du mal à mettre des mots sur leur vécu, ou qui préfèrent un cadre plus enveloppant.


L'hypnose ericksonienne, de son côté, agit sur les automatismes inconscients qui maintiennent les manifestations actuelles, et permet de modifier la charge émotionnelle d'un événement passé sans nécessairement le revisiter explicitement.


En savoir plus sur la page RITMO Traumatismes.


Reconnaître le moment où chercher de l'aide


Il n'est pas nécessaire d'avoir vécu un Big T pour ressentir le besoin de travailler sur un événement passé. Quelques signes peuvent vous orienter.


Une situation passée continue de provoquer des réactions émotionnelles fortes quand vous y pensez. Certaines situations actuelles vous mettent dans des états disproportionnés. Vous vous sentez bloquée à un endroit précis, comme si quelque chose vous empêchait d'avancer. Vous reproduisez des schémas relationnels qui vous font souffrir. Vous ressentez des manifestations physiques sans cause physique identifiée. Vous avez essayé d'aller mieux par vous-même, sans résultat durable.


Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces points, un accompagnement peut vous apporter des libérations parfois rapides — surtout sur des "petits" traumas anciens, sur lesquels les approches EMDR, RITMO et hypnose donnent souvent des résultats sensibles dès les premières séances.


Questions fréquentes sur les "petits" traumas


Peut-on parler de traumatisme si l'événement ne semble pas "grave" ?

Oui. Ce qui définit un traumatisme n'est pas l'intensité objective de l'événement, mais la trace qu'il a laissée dans le système nerveux. Un événement perçu comme insurmontable au moment où il s'est produit peut laisser une empreinte durable, même s'il paraît anodin avec le recul.


Combien de séances faut-il pour libérer un "petit" trauma ?

Cela dépend de l'ancienneté, de la charge émotionnelle et du nombre d'événements à travailler. Un événement isolé peut parfois être libéré en 2 à 4 séances. Lorsque plusieurs événements sont liés entre eux, l'accompagnement s'étend sur quelques séances supplémentaires. Geneviève Koehler propose une exploration initiale dès la première séance.


Peut-on travailler sur un événement dont on a peu de souvenirs précis ?

Oui. L'EMDR, le RITMO et l'hypnose peuvent agir sur la trace émotionnelle laissée par un événement, même quand les souvenirs sont flous ou partiels. Il n'est pas nécessaire de tout se rappeler en détail pour libérer la charge.


Les séances en visio sont-elles possibles pour ce type d'accompagnement ?

Oui. Les séances d'hypnose, d'EMDR et de RITMO peuvent se dérouler en visioconférence avec les mêmes résultats qu'en présentiel.




Pour aller plus loin

Les "petits" traumas n'ont rien de petit dans la vie de ceux qui les portent. Ils s'expriment dans des choix, des peurs, des automatismes — et ils peuvent être libérés, à condition de leur donner l'espace et l'attention qu'ils méritent.


Geneviève Koehler, praticienne en hypnose, EMDR et RITMO, accompagne les personnes qui souhaitent travailler sur des événements passés qui continuent d'agir aujourd'hui — qu'il s'agisse de chocs reconnus ou de blessures plus discrètes.


Les séances se déroulent à Paris 15 (15 rue Lakanal, 75015), à Cannes (6 rue Merle, 06400), ou en visioconférence. Chaque séance dure 1h. Le tarif est de 90 € par séance.


Prendre rendez-vous en ligne : perfactive.fr/genevieve-koehler/book 06 64 40 47 21 sophrodev.com




Sources et références

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